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Quand la MDPH refuse de reconnaƮtre les situations de polyhandicap...

  • Photo du rĆ©dacteur: Me Le Houerou
    Me Le Houerou
  • 24 avr. 2024
  • 3 min de lecture

DerniĆØre mise Ć  jour : 5 mai 2024

Contrairement Ć  ce que l’on pourrait penser de prime abord, le contentieux en matiĆØre de compensation du handicap est massif. Et, Ć  cette occasion, les MDPH (et les CDPAH) adoptent parfois des positions surprenantes et profondĆ©ment prĆ©judiciables pour les justiciables.
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<a href="https://fr.freepik.com/vecteurs-libre/illustration-personnes-handicapees-dessinees-main_31221997.htm#fromView=search&page=1&position=52&uuid=661fd58a-1050-4ba4-b351-97c86573449f">Image de freepik</a>
L’affaire ayant fait l'objet de l'arrĆŖt de la Cour d'appel de Toulouse en date du 21 dĆ©cembre 2023 en constitue une illustration flagranteĀ :

Notre cliente rencontre une situation de handicap visuel ayant toujours justifiĆ© la fixation d’un taux d’incapacitĆ© de 80% ou plus.

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Le handicap visuel Ć©tait marquĆ© par sa diversité : perte de l’acuitĆ© visuelle, rĆ©duction du champ visuel, aphakies, photophobie, cĆ©citĆ© nocturne, dĆ©collement des rĆ©tine, etc.

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Elle sollicitait le renouvellement de sa carte mobilitƩ inclusion, mention invaliditƩ, devant la MDPH du Tarn (auparavant, la CMI-invaliditƩ avait ƩtƩ attribuƩe par une MDPH d'un autre dƩpartement).

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En principe, pour obtenir la carte mobilitĆ© inclusion mention validitĆ©, il est nĆ©cessaire d’avoir un taux d’incapacitĆ© d’au moins 80%, relever d’une invaliditĆ© 3ĆØmeĀ catĆ©gorie (Art. L241-3 du Code de l’action sociale et des familles) ou ĆŖtre bĆ©nĆ©ficiaire de l’allocation personnalisĆ©e Ć  l’autonomie.

Ā 

Cette mention permet notamment d’obtenir une prioritĆ© d’accĆØs aux places assises dans les transports en commun, dans les espaces et salles d’attente ainsi que dans les Ć©tablissements et les manifestations accueillants du public. Elle permet Ć©galement d’obtenir une prioritĆ© dans les files d’attente. Elle permet, enfin, d’obtenir quelques avantages fiscaux et une rĆ©duction de prix dans les transports.

Ā 

Si auparavant notre cliente avait bĆ©nĆ©ficiĆ© d’une telle carte devant d’autres MDPH, il s’agissait de la premiĆØre demande formalisĆ©e devant celle-ci.

Ā 

Curieusement, la MDPH du Tarn rejetait l’attribution de la CMI-invaliditĆ© au motif que le taux d’incapacitĆ© devait ĆŖtre fixĆ© Ć  hauteur de 58,5%!

Ā 

Pour fixer un tel taux, la MDPH du Tarn considĆ©rait que les taux relatifs aux diffĆ©rents handicaps, pris isolĆ©ment, ne pouvaient s’additionner de maniĆØre arithmĆ©tique sauf prĆ©cision contraire indiquĆ©e dans l’annexe 2-4 du Code de l’action sociale et des familles (pour mĆ©moire, cette annexe constitue un barĆØme permettant d'Ć©valuer le taux d'incapacitĆ© au regard du handicap prĆ©sentĆ©.)

Ā 

Et que, concernant les dƩficiences de la vision, le guide prƩvoyait seulement une addition entre le taux rƩsultant des aphakies et le taux portant sur la perte d'acuitƩ visuelle.

Ā 

En d'autres termes, la MDPH proposait d'Ʃcarter les situations de polyhandicap pour ne retenir, parmis les diffƩrentes difficultƩs prƩsentƩes, qu'une partie rƩsiduelle d'entres-elles !


Selon nous, une telle position devrait Ć  tout prix ĆŖtre proscrite dans la mesure où elle consisterait Ć  Ć©carter de l’analyse un certain nombre de dĆ©ficiences qui participent pourtant Ć  la dĆ©finition du handicap global et entraĆ®nent des incapacitĆ©s et des dĆ©savantages spĆ©cifiques.

Ā 

En toute hypothĆØse, s’il est vrai qu'au regard du guide barĆØme prĆ©citĆ© seuls les taux d’incapacitĆ© de l’acuitĆ© visuelle et de l’aphakie pouvaient ĆŖtre additionnĆ©s de maniĆØre arithmĆ©tique, cela ne signifiait absolument pas qu’il convenait d’écarter les autres troubles constatĆ©s.

Ā 

Le handicap doit s’analyser dans son ensemble et au regard de ses trois dimensionsĀ : dĆ©ficiences, incapacitĆ©s et dĆ©savantages.

Ā 

Il est bien Ʃvident que plus les dƩficiences sont nombreuses, plus les incapacitƩs et les dƩsavantages sont importants.

Ā 

C’est d’ailleurs pourquoi le guide barĆØme prĆ©cise expressĆ©ment que le handicap s’analyse de maniĆØre « globaleĀ Ā».

Ā 

Le Tribunal Judiciaire PĆ“le Social d’Albi retenait notre analyse et accordait Ć  notre cliente la CMI-invaliditĆ©.

Ā 

Toutefois, la MDPH du Tarn interjetait appel devant la Cour d’appel de Toulouse en dĆ©veloppant un argumentaire strictement identique Ć  celui prĆ©sentĆ© en premiĆØre instance.

Ā 

A nouveau, la Cour d’appel suivait notre argumentation en considĆ©rant que si, concernant les dĆ©ficiences visuelles, seuls les taux liĆ©s Ć  l’aphakie et l’acuitĆ© visuelle devaient ĆŖtre additionnĆ©s, il convenait toutefois de prendre en compte l’ensemble des dĆ©ficiences prĆ©sentĆ©esĀ :

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« Il demeure que conformĆ©ment au mĆŖme guide, le taux d’incapacitĆ© d’une personne est fixĆ© Ć  partir de l’analyse de ses dĆ©ficiences et de leurs consĆ©quences dans sa vie quotidienne. Le handicap est apprĆ©ciĆ© de faƧon globale, en considĆ©ration de l’ensemble des incapacitĆ©s et dĆ©savantages rĆ©sultant des dĆ©ficiencesĀ Ā».

Ā 

VoilƠ qui retire toute ambiguitƩ Ơ la mƩthode d'Ʃvaluation du taux d'incapacitƩ !


La Cour considĆØre finalement qu’au regard des dĆ©ficiences, incapacitĆ©s et dĆ©savantages prĆ©sentĆ©s, le taux devait ĆŖtre fixĆ© Ć  plus de 80%.

Ā 

Il s’agit d’une dĆ©cision bienheureuse (pour notre cliente, mais Ć©galement de maniĆØre plus gĆ©nĆ©rale) tant la position de la MDPH du Tarn semblait dangereuse en ce qu’elle avait pour effet de ne pas prendre en compte les situations de polyhandicap.


Me Marc Le Houerou

Avocat au Barreau de Toulouse

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